Le gouvernement guinéen passe à la vitesse supérieure pour clore définitivement le dossier de la décharge de Dar-es-Salam, véritable point noir environnemental de la capitale depuis des décennies. Ce lundi 8 juin, lors d’un point presse organisé à Conakry, le ministre de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Aboubacar Camara, a fait le point sur l’avancement du nouveau site de Baritodé, destiné à remplacer l’ancienne décharge.
Le ministre n’a pas mâché ses mots pour qualifier l’existence prolongée de ce site :
« Décharge de Dar-es-Salam: c’est la plus grande injustice. Mais comment est-on parvenu à laisser cette décharge pendant 40 ans ? Elle est là, et on s’y est accommodé. Mais aujourd’hui, nous sommes en train de travailler sur la nouvelle décharge de Baritodé qui va permettre, d’ici la fin de la saison des pluies, de fermer hermétiquement la décharge »
Le défi de la logistique et des transports
Si la volonté politique est ferme, la transition vers le nouveau site de Baritodé, situé dans la zone de Kouria, se heurte à des contraintes logistiques majeures. L’éloignement de la nouvelle infrastructure exige une réorganisation complète et un renforcement matériel du ramassage au niveau communal.
Le ministre a notamment pris l’exemple de la commune de Kaloum pour illustrer ce besoin crucial de moyens supplémentaires :
« Si Kaloum doit récupérer les ordures et aller à Kouria, si Kaloum n’a que trois camions à date, il faut multiplier ces camions par trois. Donc, le défi opérationnel se pose »
Libération des emprises et sécurité
En parallèle, les autorités s’activent pour sécuriser les abords de Dar-es-Salam afin de préparer sa réhabilitation future. Les résidents des habitations de fortune situées dans la zone critique ont été sommés de s’en aller. Aboubacar Camara a d’ailleurs rappelé qu’à la suite du tragique éboulement de 2019, des indemnisations avaient été versées aux familles impactées, bien que certaines d’entre elles occupent toujours illégalement les lieux.
Une privatisation de la gestion des déchets dans les marchés
L’autre volet de l’intervention ministérielle concerne la salubrité des espaces marchands de Conakry. Pour endiguer l’insalubrité chronique, le ministère va prochainement lancer des appels d’offres afin de déléguer le nettoyage et l’entretien des marchés à des opérateurs privés.
Cette restructuration est jugée prioritaire par le chef du département, qui rappelle l’impact disproportionné de ces zones commerciales sur la production globale de déchets :
« Les marchés à eux seuls aujourd’hui produisent plus de la moitié des quantités d’ordures que nous ramassons tous les jours à Conakry »
Cette feuille de route globale s’intègre dans le plan de modernisation des services publics de l’assainissement, avec un double objectif : offrir un visage plus propre à la capitale guinéenne et éliminer les risques sanitaires majeurs qui pèsent sur les populations.
Decoster Camara
