Conakry, le 26 juin 2026 – Le verdict est enfin tombé ce vendredi au tribunal du travail. Dans le bras de fer judiciaire qui l’opposait à sa direction, Sambou Sylla, ex-responsable administratif et financier du Centre Culturel Franco-Guinéen (CCFG), a obtenu gain de cause. Le tribunal a reconnu l’institution coupable de licenciement abusif et l’a condamnée à verser la somme de 89 858 787 francs guinéens au titre des droits et indemnités liés à cette rupture injuste.
La décision du tribunal : Le droit appliqué dans toute sa rigueur
Le juge en charge du dossier a rendu une décision sans équivoque, s’appuyant rigoureusement sur les textes de loi en vigueur en République de Guinée.
« Statuant publiquement, contradictoirement, en matière sociale et en premier ressort, après en avoir délibéré conformément à la loi (…) Constate que la rupture du lien contractuel d’emploi entre le demandeur et la défenderesse est intervenue durant le mois de septembre 2017 et revêt le caractère d’un licenciement irrégulier et dépourvu de motifs réels et sérieux. »
En conséquence, et en application des dispositions du Code du travail et du Code de procédure civile (CPC), le tribunal a ordonné le versement des indemnités et contraint le CCFG à délivrer un certificat de travail à son ancien employé. Toutefois, le tribunal a précisé qu’il n’y avait pas lieu d’ordonner l’exécution immédiate de cette décision.
« C’est un sentiment de joie, de satisfaction » : La réaction de Sambou Sylla
Joint par notre rédaction immédiatement après le délibéré, Sambou Sylla n’a pas caché son soulagement après un marathon judiciaire de plus de neuf mois.
« Pour commencer, je rends grâce à Dieu. Je peux dire en tant que musulman, Alhamdoulilah. Il faut tenir compte que ça fait plus de neuf mois que nous sommes en procès (…) Aujourd’hui, c’est un sentiment de joie, de satisfaction. » a t-il indiqué
Revenant sur la genèse de l’affaire, l’ex-responsable administratif explique que ses déboires ont commencé lorsqu’il a défendu les droits de ses collègues :
« J’ai été interpellé parce que nous avons fait la grève concernant les conditions de vie des travailleurs du centre culturel. Et moi, j’ai été interpellé dans ce sens. Et après, finalement, après mon entretien… j’ai été surpris que le centre devait mettre fin à mon contrat. Chose que je n’ai pas comprise jusqu’à maintenant, » a t-il indiqué.
Face à cette situation, M. Sylla rappelle qu’il cumulait déjà quatre Contrats à Durée Déterminée (CDD), ce qui équivaut légalement à un Contrat à Durée Indéterminée (CDI). Après une tentative de règlement à l’amiable infructueuse devant l’Inspection Générale du Travail, il s’était résolu à saisir la justice.
Des accusations graves mais « sans la moindre preuve »
Au cours des débats, la partie adverse a tenté de ternir la réputation du cadre administratif, sans succès. Sambou Sylla dénonce des manœuvres qui ont échoué devant le juge, faute d’éléments tangibles :
« Il faut tenir compte qu’il y a eu plusieurs débats qui se sont invités dans ce procès. Entre autres, on m’a accusé de vol de chéquier, on m’a accusé de vol de carburant, mais bon, tout a été balayé au débat. Et finalement, vous le savez, la justice aussi, ce sont des preuves. Quand vous parlez, il faut parler tout en soutenant vos propos par des preuves. Le centre a été incapable de fournir la moindre preuve (…) C’est ce qui renvoie vraiment à leur condamnation,» a t-il souligné.
Un montant en deçà des attentes : Les avocats entrent en réflexion
Si la victoire morale et juridique est totale, le montant des réparations financières reste en deçà des calculs initiaux de la partie demanderesse, qui tablait sur environ 251 millions de francs guinéens. Interrogé sur l’éventualité de faire appel de ce montant, Sambou Sylla préfère temporiser et s’en remettre à ses conseils :
« Cette fois-ci, je laisse cette décision dans les mains de mes avocats. Ils vont analyser cette décision. Parce que nous, on avait fait notre calcul. Normalement, déjà dans un premier temps, il était question d’un montant de 251 millions, si je me rappelle. Donc, si la justice en a décidé ainsi, bon, je ne suis pas de la justice, je ne suis pas encore un professionnel du droit (…) On va voir si on peut faire un recours ou pas. »
Malgré cette réserve technique, l’heure est à la célébration pour l’ancien employé du CCFG : « Aujourd’hui, je peux dire Dieu merci, c’est un grand jour où la vérité a éclaté », a-t-il conclu avec émotion.
CAMARA
.
