Une étape majeure vient d’être franchie pour l’avenir de l’économie maritime guinéenne. Sous la présidence de Dame Fatima Camara, ministre de la Pêche et de l’Économie Maritime, les travaux de l’Atelier de validation et d’adoption des statuts et du règlement intérieur des Associations Locales de Cogestion des Pêcheries (ALCP) se sont ouverts ce mercredi au Palais du Peuple de Conakry.

Pendant deux jours (les 7 et 8 octobre), cadres du ministère, experts nationaux et internationaux ainsi que l’ensemble des acteurs de la filière sont réunis pour doter la pêche artisanale d’un cadre juridique et organisationnel moderne.
Soutenue financièrement et techniquement par le Japon à travers l’Agence Japonaise de Coopération Internationale (JICA) et le projet Blueval, cette initiative pose les bases d’une gouvernance participative et responsable du secteur.
Le projet Blueval : Un socle pour l’économie bleue guinéenne
Prenant la parole au nom du partenaire nippon, Mme Kaoru Takahashi, chef du projet Blueval, a salué un travail collectif de longue haleine mené sur le terrain, notamment dans les débarcadères pilotes de Boulbinet et de Kaporo.

« La mise en place des ALCP, qui en constituent le socle, est à ce titre un événement mémorable d’une importance capitale pour l’avenir de la pêche artisanale guinéenne. […] Ce travail a exigé du temps, de la patience et de nombreux échanges, parfois animés, pour que ces textes reflètent fidèlement les réalités de chaque port, » a t-elle indiqué.
Elle a tenu à préciser la nature profonde de cet organe d’un genre nouveau.

« L’ALCP est par essence un organe de cogestion, fondé sur un partenariat entre les communautés de pêche et l’administration. Un espace où pêcheurs, marieuses, transformatrices et autres acteurs de la filière pour le développement, décident ensemble de la gestion du havre et de leurs ressources… Le rôle du Projet Blueval est de rester celui d’un accompagnateur, qui facilite, conseille et renforce les capacités. Mais la décision, la responsabilité et la propriété de ce processus appartiennent pleinement à la Guinée, » a t-elle souligné.
En formulant le vœu que les ALCP deviennent de véritables « piliers de la gestion participative et durable », Mme Takahashi a insisté sur l’étape démocratique à venir : l’élection des bureaux exécutifs, marquant le passage d’un projet théorique à une organisation vivante et autonome.
Fatima Camara : « Préserver la ressource, c’est protéger les revenus de nos familles »
Dans un discours engagé, la ministre de la Pêche et de l’Économie Maritime, Fatima Camara, a rappelé le poids stratégique de la pêche en Guinée un secteur représentant environ 4,5 % du PIB, générant près de 300 000 emplois directs et ayant mis sur le marché plus de 435 000 tonnes de poisson en 2023.

« Derrière ces chiffres, il y a surtout des femmes et des hommes… Nous parlons aujourd’hui de cogestion, mais au fond, nous parlons d’une question simple : Comment faire en sorte que nos ressources puissent continuer à faire vivre nos communautés demain ? , » elle a indiqué.
Soulignant la fragilité des ressources halieutiques, la ministre a insisté sur la nécessité absolue d’associer directement les communautés aux décisions.

« La cogestion, ce n’est pas le désengagement de l’État… Mais dans le même temps, nous devons créer les conditions pour que les communautés et les professionnels soient pleinement associés à la gestion de ce qui constitue leur activité. C’est cette responsabilité partagée que nous voulons faire vivre à travers les ALCP, » a-t-il martélé.
Mme la ministre a par ailleurs lancé un appel vibrant à la responsabilité collective et à l’inclusion des femmes et des jeunes.

« Nous ne pouvons pas demander à la mer de nous donner davantage tout en lui donnant moins de protection. C’est pourquoi la cogestion doit aussi être une école de responsabilité… Nous devons veiller à ce que les ALCP soient réellement représentatives de nos réalités locales et qu’elles donnent à chacun la possibilité de participer, » a-t-elle mentionné.
Rappelant que cette dynamique s’inscrit dans le cadre des réformes impulsées par le Président de la République, Mamadi Doumbouya, et le Premier ministre Amadou Oury Bah, Fatima Camara a clôturé la cérémonie sur une note de rassemblement, sous les applaudissements chaleureux de l’assistance et au rythme du cri de ralliement des pêcheurs .

Une dynamique appelée à s’étendre
Les deux journées d’échanges doivent déboucher sur des textes définitivement adoptés et compris par l’ensemble des acteurs du littoral. Signe encourageant pour le secteur : des engagements ont déjà été annoncés pour étendre progressivement ce modèle de cogestion participative à d’autres points de débarquement à travers le pays.

CAMARA DECOSTER