Devant la chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) ce vendredi 30 octobre 2026, l’ancien directeur général de l’Office guinéen de publicité (OGP), Mandian Sidibé, a fermement rejeté l’ensemble des charges pesant contre lui. Poursuivi aux côtés de Pépé Haba et du comptable Aboubacar Sidiki Konaté pour un préjudice financier estimé à 78 milliards de francs guinéens — couvrant des soupçons de détournement de deniers publics, corruption, abus de confiance, abus de fonction, concussion et complicité —, le prévenu a dénoncé des manœuvres politiques.
Dès l’ouverture des audiences, l’ex-patron de la régie publicitaire a évoqué un règlement de comptes visant à entacher sa réputation : « C’est pour me nuire auprès du président de la République », s’est-il défendu face aux juges.
Il a profité de sa prise de parole pour détailler le cadre de sa rémunération officielle : un traitement mensuel de 95 millions GNF, une dotation en carburant de 30 millions GNF par mois et une allocation annuelle de logement s’élevant à 180 millions GNF.
S’agissant de sa gestion sociale, Mandian Sidibé a revendiqué l’amélioration des conditions financières de ses collaborateurs, affirmant avoir revalorisé les bas salaires sous le SMIG pour porter le minimum légal interne à trois millions de francs guinéens. Concernant les dépenses liées aux campagnes d’affichage institutionnel pour le chef de l’État et la venue de dignitaires étrangers, l’ex-DG a sollicité un passage à huis clos pour livrer ses explications.
Acculé sur l’accroissement des effectifs mentionné par l’Inspection générale de l’État, il a évoqué la baisse d’activité saisonnière du secteur entre juillet et septembre, période creuse qui asphyxiait la trésorerie : « Pendant cette période, il n’y a pas de publicité. Donc, c’est difficile de payer les travailleurs », a-t-il argué.
Mandian Sidibé a vivement mis en cause le président du conseil d’administration (PCA), Thierno Mamadou Bah (TMB), le qualifiant de double jeu face aux directives d’embauche : « Au moment où le président du conseil d’administration déclarait publiquement que les recrutements étaient interdits, en privé, il m’imposait des recrutements. Il n’était pas le seul, les autres membres en faisaient autant ».
Reconnaissant des retards de paie d’environ deux mois et demi et le recours ponctuel à des emprunts extérieurs, il s’est limité à un sobre « C’est compliqué » lorsqu’il a été interrogé sur l’absence de réserves financières. L’ex-directeur a également défendu l’octroi d’allocations mensuelles d’environ 1,5 million GNF destinées aux 300 stagiaires de la structure répartis à travers le pays.
Face aux soupçons d’anomalies comptables et de sorties d’espèces non justifiées identifiées dans le rapport de contrôle 2025, Mandian Sidibé a réfuté les conclusions d’audit et évoqué des pertes de documents causées par le drame du dépôt de carburant : « Ce rapport est erroné. Peut-être qu’il n’a pas pris en compte des pièces perdues pendant l’explosion du dépôt d’hydrocarbures. Sinon, tout se passait dans les règles ».
Il s’est expliqué sur la réception d’une enveloppe de 100 millions GNF attribuée lors de son installation comme caisse noire de direction, affirmant l’avoir rétrocédée progressivement par tranches de 10 millions GNF mensuels. « Il n’est pas là, mais j’assume cela », a-t-il ajouté concernant la conduite similaire tenue par son adjoint.
Poursuivant son offensive contre la gouvernance du Conseil d’administration, il a accusé son PCA d’avoir altéré un rapport d’inspection initié en 2022 pour en biffer des consignes d’austérité : « Il a retiré ces recommandations puis refait le rapport, ne sachant pas que je l’avais déjà multiplié », déclarant disposer du témoignage de deux inspecteurs pour étayer sa version.
Enfin, l’ancien dirigeant a balayé les accusations de renvoi abusif, particulièrement le cas d’une collaboratrice limogée après avoir supposément refusé une transaction financière privée à son bénéfice. Assurant n’avoir orchestré aucune vague d’évictions mais favorisé des réintégrations, il a déclaré : « Je n’ai jamais licencié personne depuis mon arrivée à l’OGP. Au contraire, j’ai augmenté les salaires et ramené les personnes licenciées. Quant à cette dame dont on dit que je l’aurais licenciée parce qu’elle aurait refusé d’aller me faire un retrait, je souhaite qu’elle vienne témoigner ».
Après cette première phase de dépositions centrée sur la ligne de défense de l’accusé principal, les débats ont été interrompus pour une heure avant la reprise des interrogatoires par le ministère public.
