Contexte : ce samedi 14 août 2021, le Ministère ivoirien de la Santé et l’Organisation mondiale de la Santé ont annoncé la notification d’un cas confirmé de la maladie à virus Ebola à Abidjan. Selon le communiqué, les premières enquêtes ont révélé que la patiente s’est rendue en RCI par voie terrestre et est arrivée à Abidjan le 12 août. Elle a été admise à l’hôpital, poursuit le communiqué, à la suite d’une fièvre et est actuellement sous traitement.
Mais les principales questions que les guinéens se posent sont les suivantes : comment cette dame a pu contracter Ebola en Guinée ? La Guinée vient de déclarer la fin de sa deuxième épidémie d’Ebola et une surveillance renforcée de trois mois est en cours. Y a t-il une autre chaine de transmission de l’épidémie en Guinée non détectée ?
Hypothèses de sources : Dès les premières heures de la notification d’une épidémie, les spécialistes émettent des hypothèses afin de connaître la source et procéder par élimination au fur-et-à-mesure jusqu’à la publication des résultats de l’investigation et du séquençage des génomes par le ou les laboratoires. Voici alors quelques hypothèses que nous formulons ici sur l’origine de cette épidémie si réellement le cas vient de la Guinée. Soit :
1. La dame a été contaminée par un animal de brousse en Guinée (retenons que le premier cas d’Ebola en RCI en 1992 a été contaminé par un chimpanzé) ;
2. La dame a eu un rapport sexuel non protégé avec un survivant d’Ebola (retenons aussi que la récente épidémie d’Ebola en Guinée a pour origine, selon certaines publications scientifiques, la contamination par un survivant d’Ebola)
3. La dame vient d’une zone où il y a une chaine de transmission non détectée (ici, il y a plusieurs sous hypothèses : (i) si la dame vient d’une aire de santé qui est sous surveillance renforcée de l’équipe post-Ebola, alors là………….. ; (ii) si la dame vient d’une aire de santé qui n’est pas sous surveillance renforcée de l’équipe post-Ebola, cherchons d’avantage à savoir si certains décès récents dans ces lieux n’ont pas été associé à la pandémie de coronavirus ) ;
4. La dame a été en contact avec un échantillon d’Ebola mal conservé dans un laboratoire (chose que je ne pense pas totalement) ;
5. La dame est survivante d’Ebola mais qu’elle a été admise à l’hôpital à Abidjan pour soigner une fièvre et pendant les examens, le laboratoire révèle le virus d’Ebola dans son corps.
Actions à prendre par la RCI
Dans cette urgence, les spécialistes de la surveillance commenceront à interviewer le cas index sur son pays, sa préfecture, son village de provenance ; les dates de manifestation des symptômes de la maladies ; les personnes qui étaient à son chevet ; les lieux visités pour les premiers soins ; les chemins et routes empruntés pour arriver à Abidjan ; les domiciles qui l’ont accueillie en Guinée et en RCI ; les moyens de transport empruntés en Guinée et en RCI pour arriver à l’hôpital. Ensuite, s’en suivront l’identification des cas contacts et leur vaccination.
A la lumière de ces informations, le Gouvernement ivoirien devra prendre les mesures spécifiques pour le renforcement de la surveillance dans les structures sanitaires avec un accent particulier sur le respect des règles de la Prévention et contrôle des infections.
Actions à prendre par la Guinée
Pour la Guinée, certes la connaissance de l’origine de cette épidémie d’Ebola notifiée en RCI est très importante, mais la lutte devra avoir la dimension comme si elle a été notifiée sur le sol guinéen. Les experts guinéens de la surveillance doivent débuter l’investigation avec les informations collectées auprès du cas confirmé en RCI. Elle concernera le lieu de provenance du cas confirmé ; des recherches approfondis pour savoir si elle est réellement le cas zéro ; les personnes qui étaient à son chevet ; les lieux visités pour ses premiers soins ; les chemins et routes empruntés en Guinée pour arriver à Abidjan ; les moyens de transports empruntés en Guinée pour se rendre en RCI. Et à la suite, faire une analyse de risque.
Par ailleurs, l’OMS Afro, affirme dans un communiqué que « …..5000 doses de vaccin anti-Ebola, qui ont été obtenues grâce au soutien de l’Organisation pour combattre l’épidémie en Guinée, seront acheminées vers la Cote d’Ivoire grâce à un accord entre les Ministères de la Santé des deux pays…. », la question qui reste posée : la Guinée acheminera t-elle tous ses vaccins anti-Ebola vers la RCI ? et si le cas confirmé avait des contacts ici ?
A rappeler que la maladie à virus Ebola est une pathologie grave, souvent mortelle, qui touche les êtres humains et d’autres primates. Selon l’OMS, les taux de létalité ont varié de 25 à 90% lors épidémies précédentes. Néanmoins, il existe désormais un traitement efficace, et si les patients sont pris en charge à temps avec en parallèle des soins de soutien, leurs chances de survie s’améliorent considérablement.
Dans la gestion d’une épidémie, mieux vaux envisager le scenario du pire que d’essayer à tort de rassurer et d’être obligé de se justifier.
Lancei TOURE, Consultant en Communication de risque et engagement communautaire
