Placée sous le thème: »Corruption en milieu judiciaire », pendant deux jours, les participants venus de la Côte d’ivoire et de la Guinée se sont penchés sur cette problématique gangrène la justice guinéenne.
Dans son intervention de circonstances, Elhadj Madiou Barry intervient sur la quintessence de leurs échanges durant ces deux jours de travaux.
« On a voulu dans nos échanges faire un partage d’expériences, un panel autour duquel tous les professionnels de la justice se retrouvent pour discuter de la même problématique. Nous avons jugé utile de le faire de cette manière pour que chacun puisse dire à l’autre comment endiguer ce phénomène parce que nous le savons, il existe. Malheureusement, ceci n’a pas de nature à favoriser une bonne justice. Et puisque nous voulons tous une justice juste, conforme au droit, il est donc important de nous attaquer au fléau de la corruption. Bien entendu les textes existent mais il faut aller au-delà des textes, vulgariser, discuter le pourquoi de ce fléau afin de l’enduguer . Il y a eu des échanges appropriés autour de cette question et il y a eu un apport considérable des uns et des autres, des magistrats, des greffiers, des notaires, des avocats, des gendarmes, des huissiers de justice, tous les corps de la justice, des acteurs du droit sont intervenus sur le sujet. On s’est donc rendu compte que ça intéresse tout le monde, c’est ce qui très bien. Pour lutter contre la corruption il faudrait qu’il ait une volonté politique. Les instruments existent, il y a des textes.Il faudra donc veiller à l’application des textes. L’un des problèmes de la corruption relevé, c’est l’impunité. Si les auteurs de ces actes sont traduits devant les juridictions et les peines correspondantes sont prononcées à leur égard, on pourrait. Mais en discutant sur la corruption on s’est rendu compte que ce n’est pas que l’aspect répressif qu’il faut voir il y a l’aspect prévention », a t-il souligné.
Et de poursuivre: « Ce qui est extrêmement intéressant, ceci passe par la vulgarisation des textes. Vous voyez par exemple, il y a une loi spéciale qui existe pour lutter contre la corruption et le blanchiment de capitaux, mais beaucoup ne connaissent même pas l’existence de cette loi. Or, c’est une loi spéciale. Dans cette loi spéciale, il y a des particularités. On dit que la corruption est une infraction imprescriptible contrairement aux principes généraux du droit qui voudrait qu’après un certain temps qu’on ne poursuive plus l’auteur d’une infraction, pour ce qui concerne la corruption. La personne sera toujours poursuivable sauf qu’il décède, ce qui est un empêchement à la poursuite. Le président de la République jusqu’au niveau de chaque citoyen, tout le monde est impliqué dans le phénomène. Il y a des choses qui sont demandées dans cette loi c’est la déclaration du patrimoine. On pense souvent que c’est le président ou quand tu veux devenir président. La loi pour la lutte contre la corruption oblige tous les citoyens, tous les responsables, tous les directeurs de régies financières et même les magistrats à déclarer leurs patrimoines. Que chacun declare son patrimoine à l’entrée et à la sortie de ses fonctions ce qui permettra effectivement de lutter. Posons-nous la question combien déclarent leurs biens ? Pour lutter efficacement contre la corruption, il faudrait qu’on reprenne la conscience, c’est une question de morale. Chacun de nous sait que l’avantage indu n’est pas dû donc il faut refuser l’avantage indu. Le jour où chacun de nous décide de faire comme cela, c’est certain qu’on réussira effectivement à lutter contre la corruption. Mais s’il y en a qui accepte d’autres n’accepte pas pour atteindre un tel objectif ça être difficile. Donc, c’est un problème de prise de conscience, la morale l’éthique et vous voyez là chacun de nous en est acteur. Deuxième pour lutter contre ce phénomène, il faut vulgariser pour que les gens comprennent les dangers parce que ça existe dans tous les secteurs et peut avec cela on arrivera à endiguer en appliquant bien entendu l’aspect répressif quand ça sera nécessaire à l’égard des indélicats. Nous sommes en période de transition, ils sont en train de revoir les textes pour voir qu’est-ce qu’il faut? Qu’est-ce qu’il ne faut pas ? J’espère qu’ils en feront bon usage parce que c’est des acteurs de justice qui ont discuté pour dire voici les problèmes, voici les propositions de solutions que nous vous soumettons. C’est pourquoi on compte le faire pour que ça change dans l’intérêt de tous, la justice », a t-il indiqué.
