L’étau se resserre autour de l’ancien Premier ministre guinéen devant la CRIEF (Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières). Ce jeudi 2 avril 2026, la chambre des appels a entendu les réquisitions du ministère public, qui n’a montré aucune clémence envers Ibrahima Kassory Fofana.
Des accusations de détournement « par usage »
Pour la substitut du procureur spécial, Amiata Kaba, la culpabilité de l’ancien chef du gouvernement ne fait aucun doute. Elle a notamment mis en avant la gestion opaque des fonds de la MAMRI (Mission d’Appui à la Mobilisation des Ressources Internes).
« Le détournement ne signifie pas seulement s’enrichir, c’est aussi utiliser l’argent public pour autre chose que ce qui était prévu », a-t-elle martelé.
Elle pointe du doigt la réaffectation jugée illégale de 3 milliards GNF (prélevés sur une enveloppe de 15 milliards) vers l’ANIES.
Un train de vie jugé injustifiable
Le ministère public a également détaillé les preuves d’un enrichissement illicite. Le contraste entre les revenus officiels de l’accusé et son patrimoine est, selon l’accusation, flagrant :
- Salaire mensuel : 15 millions GNF.
- Patrimoine immobilier : Plusieurs propriétés à Conakry, Forécariah et aux États-Unis.
- Comptes bancaires (VISTAGUI SA) : Des soldes impressionnants dépassant le milliard de GNF, ainsi que près de 902 000 dollars et 906 000 euros.
Le parquet a par ailleurs dénoncé des pratiques de blanchiment de capitaux, via des dépôts bancaires fractionnés destinés à échapper à la vigilance des régulateurs.
La confirmation de la peine maximale requise
Estimant que le premier jugement était parfaitement fondé, le procureur a demandé à la Cour de confirmer la sentence initiale, à savoir :
- 5 ans de prison ferme.
- 2 milliards GNF d’amende.
- 15 milliards GNF de remboursement à l’État guinéen.
- 3 milliards GNF de dommages et intérêts.
- La confiscation totale des biens saisis.
La défense passe à l’offensive
Après ce réquisitoire sévère, la balle est désormais dans le camp de la défense. Le collectif d’avocats, mené par Mes Sidiki Bérété, Dinah Sampil et Almamy Samory Traoré, doit entamer ses plaidoiries pour tenter de démonter l’argumentation du parquet et obtenir l’infirmation de la peine.