CONAKRY – Cinq jours après la clôture des élections législatives et communales du 31 mai 2026, la tension monte d’un cran sur le terrain numérique. Face à la prolifération de chiffres non officiels sur la toile, le Parquet Général près la Cour d’Appel de Conakry est sorti du silence ce vendredi 5 juin 2026.
Dans un communiqué officiel au ton martial, l’institution tape du poing sur la table et lance une chasse aux sorcières contre les diffuseurs de faux résultats, brandissant la menace de lourdes sanctions pénales.
La Direction Générale des Élections, seule maîtresse du jeu
Depuis la fermeture des bureaux de vote, les réseaux sociaux guinéens et plusieurs plateformes numériques sont inondés de chiffres et de tendances, proclamant vainqueurs les uns ou les autres. Une situation jugée intolérable et dangereuse par les autorités judiciaires, qui rappellent fermement les règles du jeu électoral.
Dans son communiqué, le Parquet Général souligne qu’il a été constaté « la diffusion sur les réseaux sociaux et autres plateformes numériques de prétendus résultats électoraux présentés comme étant des résultats provisoires. »
Pour couper court à cette anarchie informationnelle, la justice rappelle que, sur la base du Code électoral et de l’Avis consultatif n°18 du 29 mai 2026 de l’Assemblée Consultative de la Cour Suprême, « la publication des résultats provisoires des élections relève exclusivement de la compétence de la Direction Générale des Élections. » Toute autre source est donc, par définition, illégale.
La loi sur la cybersécurité comme arme de dissuasion
Le procureur général prévient : internet n’est pas une zone de non-droit, et la diffusion de chiffres spéculatifs en période électorale est un jeu dangereux qui peut mener droit en prison. Le parquet qualifie ces actes de dérives graves menaçant la stabilité du pays.
« En conséquence, toute diffusion, publication ou propagation de résultats non officiellement proclamés constitue des faits d’atteinte et menaces à l’ordre et à la sécurité publics par le biais d’un système informatique… »
Pour punir ces infractions, la justice guinéenne compte s’appuyer sur les articles 31 et 32 de la loi relative à la cybersécurité et la protection des données à caractère personnel. Le communiqué précise que ces agissements « sont susceptibles d’engager la responsabilité pénale de ses auteurs, coauteurs et complices. »
Tolérance zéro : interpellations et poursuites ordonnées
L’heure n’est plus aux simples avertissements. Le Parquet Général passe à l’action et donne des ordres stricts pour nettoyer l’espace numérique guinéen :
« Le Parquet Général a instruit les Procureurs de la République ainsi que les services de Police Judiciaire compétents de son ressort de procéder à l’identification, à l’interpellation et à la poursuite de toute personne impliquée dans de tels agissements, conformément aux lois en vigueur. »
Alors que le pays retient son souffle dans l’attente des chiffres officiels, le magistrat appelle au calme et à la déontologie. « Le Parquet Général invite les médias, les blogueurs, les influenceurs et l’ensemble des citoyens à faire preuve de responsabilité, de retenue et de civisme. »
Le message est clair, et la justice se dit prête à aller jusqu’au bout pour préserver le climat social : « Le Parquet Général réaffirme sa ferme détermination à faire respecter la loi, à protéger l’ordre public et à garantir la paix sociale. »
Les créateurs de contenus, administrateurs de pages Facebook, groupes WhatsApp et médias en ligne sont prévenus : la moindre proclamation anticipée pourrait désormais se payer au prix fort.
