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    ​Souveraineté culturelle et IA : La Guinée lance un programme historique de numérisation de son patrimoine

    Mamadouba CamaraBy Mamadouba Camara1 juillet 2026Updated:1 juillet 2026Aucun commentaire7 Mins Read
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    CONAKRY, le 1er janvier 2026 – Le Centre Culturel Franco-guinéen (CCFG) a vibré ce mercredi au rythme d’un événement historique pour la mémoire collective nationale. Le Ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, en collaboration étroite avec le Centre d’Innovation et de Recherche pour le Développement (CIRD), a procédé au lancement officiel du Programme de recensement, de documentation et de numérisation du patrimoine culturel de la République de Guinée.
    ​La cérémonie, d’une haute portée stratégique, s’est déroulée en présence du ministre de la Culture, Moussa Moïse Sylla, de l’ancien Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré, de l’ambassadeur de France en Guinée et Sierra Leone, des représentants des coordinations régionales, de figures académiques majeures et d’une jeunesse estudiantine fortement mobilisée.
    ​Un projet monumental structuré en six piliers
    ​Financé avec le soutien précieux du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), ce programme ambitieux vise à doter la Guinée de sa première mémoire scientifique et numérique souveraine. Lors de sa présentation, la Directrice Générale du CIRD, la Dre Safiatou Diallo, a détaillé la feuille de route du projet, articulée autour de six piliers fondamentaux :
    ​La formation et la capacitation des experts :
    – Pérennisation des compétences à travers le Master en gestion et conservation du patrimoine (JESCOP) en partenariat avec l’Université de Sonfonia.
    ​2- Le recensement et la documentation : Une grande enquête nationale de terrain pour cartographier le patrimoine matériel et immatériel menacé par le temps.
    ​3- La numérisation : Création d’une base de données nationale sécurisée et souveraine respectant les principes FAIR (Faciles à trouver, Accessibles, Interopérables, Réutilisables), incluant la modélisation en 3D d’objets et de sites.
    ​4- La restitution culturelle : Constitution de dossiers scientifiques et juridiques rigoureux pour appuyer la diplomatie culturelle et le retour des biens guinéens conservés à l’étranger.
    ​5- La transmission et la valorisation par l’IA : Traduction des savoirs dans les principales langues nationales et utilisation de l’intelligence artificielle pour reconstruire des pans de l’histoire à partir des traditions orales et archives.
    ​6- L’inscription à l’UNESCO : Consolidation des dossiers scientifiques pour l’inscription de joyaux nationaux (Massif du Fouta Djallon, Nimba, Sosso-Bala, la Mamaya, etc.) au patrimoine mondial.
    ​Sur le plan économique, l’impact est immédiat et massif : le projet prévoit le recrutement de 450 chercheurs, 150 documentalistes, 80 conservateurs de musée, 120 techniciens de numérisation, 100 développeurs informatiques et plus de 400 médiateurs culturels.
    ​Dre Safiatou Diallo : « Construire la première mémoire scientifique et numérique du patrimoine guinéen »
    ​Saluée par l’assemblée pour sa rigueur et sa ténacité, la Directrice du CIRD a rappelé l’urgence absolue de combler le déficit de données culturelles pour guider les politiques publiques :
    ​« …)Nous engageons ensemble une démarche qui ambitionne de doter, pour la première fois, la Guinée d’un système national fiable de connaissances, de documentation et de valorisation de son patrimoine culturel. Pour le CIRD, c’est un immense honneur, mais c’est aussi une très grande responsabilité… Alors ce qui s’impose, c’est que nous allons essayer de doter à ce pays une politique culturelle. Parce qu’un pays qui n’a pas de politique culturelle, qui n’a pas de données fiables ne peut pas avancer, il avance aveuglément. Comment planifier si on ne connaît pas précisément ce que l’on possède ? Comment protéger ce qui n’est pas identifié ? Comment transmettre ce qui n’est pas documenté ? Comment bâtir une stratégie nationale si nous ne savons pas, avec précision, d’où venons-nous et quelles richesses nous devons préserver ?
    ​C’est précisément à cette lacune que répond ce programme. Notre ambition est simple, mais elle est immense : construire la première mémoire scientifique et numérique du patrimoine guinéen. Une mémoire qui appartient à tous les Guinéens et à toutes les Guinéennes. Une mémoire construite avec les communautés. », a t-elle indiqué
    ​Ministre Moussa Moïse Sylla : « La technologie doit devenir l’alliée du griot, et non son remplaçant »
    ​Dans son allocution, le Ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat a inscrit ce programme au cœur de la vision présidentielle du président Mamadi Doumbouya et du programme Simandou 2040. Il a rappelé avec force que la culture est un levier de souveraineté économique et identitaire :
    ​« C’est avec un grand honneur que je prends la parole à l’occasion de cette importante cérémonie consacrée à la présentation du programme de recensement, de documentation et de numérisation du patrimoine culturel de la République de Guinée… Cette initiative intervient dans un contexte particulièrement important pour notre pays. Elle s’inscrit dans la vision de développement portée par le gouvernement à travers le programme Simandou 2040, dont le deuxième pilier place l’éducation et la culture au cœur de la transformation qualitative de la Guinée… Un patrimoine que l’on ne documente pas est un patrimoine que l’on prépare, sans le vouloir, à oublier. Car chaque voix qui s’éteint sans avoir été recueillie emporte avec elle une part importante de la Guinée que rien ne pourra jamais reconstituer. Nos anciens ne sont pas seulement des témoins du passé, ils sont les gardiens d’un savoir que ni les livres ni les frontières n’ont jamais contenu. Ce programme est notre réponse à cette urgence silencieuse : recueillir avant qu’il ne soit trop tard, transmettre avant que le fil ne se rompe.
    ​Puisqu’on parle d’innovation, de numérique et d’intelligence artificielle, que l’on ne se trompe pas. Nous ne confions pas notre mémoire à la machine pour remplacer nos anciens, mais pour que leur parole ne meure jamais. Pendant des siècles, le griot a été notre bibliothèque vivante. Aujourd’hui, la technologie doit devenir son alliée, et non son remplaçant. Numériser nos archives, enregistrer nos récits, cartographier nos sites, ce n’est pas trahir la tradition, c’est lui offrir une seconde vie à l’abri du temps et de l’oubli.
    ​Ce qu’il faut dire avec force, il faut continuer à le marteler, c’est que la culture n’est pas une dépense pour la nation. Elle en est le fondement. Un peuple qui maîtrise son récit ne se laisse pas raconter par quelqu’un d’autre. Notre patrimoine n’est pas un musée du passé que l’on visite avec nostalgie. C’est un capital d’avenir, une source d’emploi, de fierté et de rayonnement. »
    ​Le Ministre s’est également félicité de la dynamisation de la coopération culturelle franco-guinéenne, évoquant sa récente mission en France où il a pu observer les reliques historiques de l’Almamy Samory Touré (son Coran personnel, son armure, son chasse-mouche), ouvrant la voie à une diplomatie culturelle sereine et mutuellement respectueuse pour le retour des biens.
    ​Il a conclu en insistant sur la rigueur scientifique requise pour les futures labellisations internationales :
    ​« Inscrire un bien demande des données scientifiques. Inscrire un élément, la même chose. Qu’il s’agisse d’un bien matériel ou immatériel, il y a des données à remplir. Ce n’est pas un simple formulaire que l’on remplit, ce sont de véritables études qui doivent être effectuées. Une fois réussi, le document qui en ressortira sera notre bible culturelle, notre coran culturel. Parce que ça nous permettra de sauvegarder l’âme de la République de Guinée… Si nous perdons cela, nous perdons notre âme. Et si nous ne connaissons pas cela, nous serons victimes d’érosion culturelle. »
    ​Un tournant pour la Nation
    ​En unissant les gardiens de la tradition orale (les coordinations régionales), la rigueur de la recherche (l’Académie des Sciences) et la puissance des technologies de pointe (l’Intelligence Artificielle), la Guinée pose les fondations d’une renaissance culturelle majeure. Ce programme d’envergure nationale promet non seulement de préserver l’authenticité historique du pays, mais d’en faire un moteur d’unité, de paix et de développement économique pour les générations futures.
    Cette céremonie a pris fin par la signature de convention et l’Accadémie des Sciences de Guinée Centre d’Innovation et de Recherche pour le Développement (CIRD) pour la reussite de ce projet.
    CAMARA DECOSTER
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    Mamadouba Camara

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