Présidentielle 2025 : La CEDEAO salue un scrutin « pacifique » malgré une confusion de dernière minute sur la fermeture des bureaux
CONAKRY – Réunie ce mardi 30 décembre dans un réceptif hôtelier de la capitale, la Mission d’observation de la CEDEAO a rendu son rapport préliminaire sur le scrutin présidentiel du 28 décembre 2025. Si les observateurs se félicitent du calme global et de la discipline des électeurs, ils pointent du doigt l’annonce tardive de la prorogation du vote qui a perturbé la fin de journée.
Un déploiement d’envergure pour un scrutin ordonné
Pour ce rendez-vous crucial du retour à l’ordre constitutionnel, la CEDEAO n’a pas lésiné sur les moyens : 145 observateurs répartis en 55 équipes ont sillonné les huit régions administratives de la Guinée, visitant un total de 1 176 bureaux de vote.
Dès l’ouverture, le ton était à la sérénité. Selon la Mission, 76,3 % des bureaux observés ont ouvert à l’heure. Un seul retard notable a été signalé à Dixinn (Conakry), dû à l’arrivée tardive du matériel. Globalement, les observateurs ont attribué la mention « Excellent » ou « Bien » à la quasi-totalité des centres de vote au démarrage du processus.
Participation inclusive et présence sécuritaire
Le rapport souligne une forte mobilisation des femmes, tant parmi les électeurs que dans l’administration électorale. La sécurité était également au rendez-vous dans 85,5 % des cas dès l’ouverture, bien que quelques absences d’agents aient été notées à Conakry, Labé et Faranah sans pour autant entraver le vote.
Cependant, la Mission a relevé un contraste frappant dans la représentation des candidats.
Le candidat indépendant Mamadi Doumbouya était représenté dans 93 % des bureaux visités.
Le Front Démocratique de Guinée affichait une présence dans 58 % des bureaux.
La plupart des autres candidats étaient quasi-absents, avec un taux de représentation inférieur à 10 %.
Le point noir : L’imbroglio de la fermeture
Le principal grief de la Mission concerne la fin de journée. L’annonce de la prorogation du scrutin de 18h à 19h, décidée par la Direction Générale des Élections (DGE), est intervenue trop tardivement.
« Cette instruction est arrivée juste avant l’heure officielle de fermeture, provoquant une confusion certaine », note le rapport.
Dans plusieurs localités comme Kankan, Labé ou Boké, le dépouillement avait déjà commencé et a dû être interrompu brusquement. À Kérouané (Kankan), un incident a particulièrement retenu l’attention : des urnes ont été déplacées vers les bureaux de la DGE pour le dépouillement sous prétexte d’un manque d’éclairage, une procédure contraire à la loi qui exige un décompte sur place.
Défis d’accessibilité et de formation
Malgré un bilan globalement positif, la CEDEAO identifie des marges de progression :
Accessibilité : 17 % des bureaux (notamment à Labé et Nzérékoré) étaient difficiles d’accès pour les personnes en situation de handicap (escaliers raides, absence de rampes).
Formation : Les représentants des partis ont été jugés insuffisamment formés, se tenant souvent à l’écart du processus de vérification.
Climat d’intimidation : À Conakry, la présence jugée « zélée » de certaines forces de sécurité escortant des officiels a pu créer un sentiment d’inconfort pour les citoyens.
En conclusion, la CEDEAO a félicité le gouvernement guinéen pour le financement autonome de ces élections, signe d’une « appropriation nationale » du processus.
La Mission appelle désormais toutes les parties à la retenue et au dialogue en attendant la proclamation des résultats définitifs. Elle a assuré qu’elle continuerait à suivre de près la phase critique de centralisation et de transmission des procès-verbaux.